L’éditeur français Arkhane Asylum Publishing adapte The Division d’Ubisoft en jeu de rôle sur table.

Arkhane Asylum, un éditeur surtout connu pour la localisation de jeux de rôle en français, s’est associé à Ubisoft pour adapter le jeu de tir tactique The Division en jeu de rôle sur table.
TTRPG Insider est une source de référence pour des interviews exclusives, des analyses et des articles sur l’industrie du jeu de rôle sur table, de Dungeons & Dragons aux jeux indépendants, et tout ce qui se trouve entre les deux.
Dans ce numéro, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec Mathieu Saintout, directeur éditorial d’Arkhane Asylum, au sujet du jeu de rôle The Division, une adaptation récemment annoncée du jeu de tir tactique d’Ubisoft.
La franchise se concentre sur la Strategic Homeland Division, une agence gouvernementale américaine opérant dans un monde où une maladie a anéanti une grande partie de la population aux États-Unis. Les joueurs (des agents dormants chargés d’assister la Division) doivent intervenir pour combattre des criminels, repousser des terroristes et découvrir l’origine du virus.
Le jeu original The Division est sorti en 2016 avec un succès important, suivi d’une suite et de plusieurs extensions. Arkhane, de son côté, traduit depuis des années des jeux pour White Wolf et Modiphius. The Division sera son deuxième projet financé participativement à ce jour.
Ubisoft s’est intéressé au jeu de rôle sur table ces dernières années. L’entreprise s’est associée à CMON en 2023 pour publier un jeu de rôle Assassin’s Creed, bien que seules des versions PDF aient été fournies aux acheteurs jusqu’à présent. Elle a également collaboré avec Modiphius Entertainment pour adapter la licence de wargame fantasy Heroes of Might and Magic en jeu de rôle en 2025.
Cette interview a été éditée pour plus de clarté et de concision.
Mathieu Saintout : Le projet est vraiment né d’une démarche très personnelle. Je suis fan de The Division depuis des années, à la fois en tant que joueur et en tant qu’éditeur de jeux de rôle, et très tôt, j’ai eu le sentiment que c’était un univers qui se prêterait extrêmement bien au jeu de rôle.
Ce qui m’a attiré, ce n’était pas seulement son identité visuelle marquante — ces environnements urbains réalistes et dévastés — mais aussi son thème central : la reconstruction. Il ne s’agit pas seulement de survivre à l’effondrement, mais d’essayer de restaurer quelque chose de significatif. C’est une base très forte pour un jeu de rôle.
Nous avons contacté Ubisoft il y a environ deux ans, et c’est à ce moment-là que la collaboration a commencé. Depuis, nous avons travaillé main dans la main tout au long du processus de développement, en construisant une relation de confiance solide. J’ai même eu l’occasion de visiter le studio de Massive Entertainment à Malmö, ce qui a été à la fois inspirant et extrêmement précieux pour définir notre approche du jeu.
D’une certaine manière, ce projet se trouve à l’intersection de ma passion personnelle pour les jeux vidéo et de mon travail d’éditeur de jeux de rôle — et c’est exactement ce qui le rend si spécial.
Mathieu Saintout : Je ne suis pas certain que ce soit le meilleur choix — seul le temps le dira — mais c’est définitivement celui que je connaissais le mieux, et celui pour lequel je pensais pouvoir apporter le plus en tant qu’éditeur.
Ce qui rend The Division particulièrement intéressant pour un jeu de rôle, c’est le contraste entre le média d’origine et ce que permet le jeu de rôle. En tant que jeu vidéo — en particulier un jeu de tir — il est naturellement centré sur l’action et des boucles de gameplay spécifiques. Mais son univers est bien plus riche que cela.
Un jeu de rôle sur table supprime totalement ces limites. Il ouvre la porte à une narration plus profonde, à des choix moraux, à des drames humains, et à une bien plus grande variété de situations et de styles de jeu. Il y a un fort potentiel narratif dans The Division — que ce soit autour de la survie, de la reconstruction de communautés ou des tensions entre factions.
Pour nous, il ne s’agissait pas seulement d’adapter un jeu, mais de révéler tout ce que cet univers permet une fois que les joueurs disposent d’une véritable liberté.

Mathieu Saintout : Lorsque l’on s’associe avec une entreprise comme Ubisoft, on pense grand dès le départ. Une sortie internationale n’était pas une idée secondaire — elle faisait partie du plan dès le premier jour.
Bien sûr, nous publierons une version française pour notre public habituel, qui nous soutient depuis des années. Mais The Division est un univers profondément ancré dans la culture américaine, tant par son cadre que par ses thèmes, il était donc logique de développer une édition complète en anglais pour s’adresser directement à ce public.
C’est aussi une étape naturelle pour Arkhane Asylum. Nous avons acquis une solide expérience en localisation et en édition en France, et ce projet est l’occasion de nous ouvrir à une communauté internationale plus large.
Plus que tout, nous voulons proposer quelque chose de significatif aux joueurs du monde entier — pas simplement une adaptation de jeu vidéo, mais un jeu de rôle conçu dès le départ pour résonner avec un public international.
Ce n’est pas un projet en cours de développement — nous présentons un jeu terminé, prêt à être joué. Le Kickstarter fonctionnera comme une précommande et comme un excellent moyen de toucher un nouveau public, en particulier aux États-Unis. Nous prévoyons de lancer la production immédiatement après la campagne, avec une livraison quelques mois plus tard.

Mathieu Saintout : Je décrirais The Division comme un jeu d’action rapide et intense, avec un système conçu pour être rapide, efficace et engageant autour de la table.
Mais c’est aussi autre chose. Au cœur du jeu, il est question de relations humaines dans le chaos.
L’une des questions clés qui nous a guidés pendant le développement était : qu’est-ce qui fait réellement une société ? Quand tout s’est effondré, de quoi a-t-on besoin pour la reconstruire ? Des lois ? Des institutions ? Des symboles ? De la confiance ?
Le jeu est conçu pour soutenir ces deux aspects. D’un côté, des missions tactiques sous tension où chaque décision compte et chaque seconde est cruciale. De l’autre, des moments d’interaction, de négociation et de choix difficiles qui façonnent la place du groupe dans le monde.
Les joueurs ne se contentent pas de survivre — ils cherchent activement à reconstruire quelque chose de significatif.
Le jeu repose sur un système original appelé GRIS (Gather, Roll, Indicate, Succeed), basé sur un pool de dés à dix faces.
Chaque action repose sur une compétence qui fournit entre 1 et 4 dés (parfois 5 avec une spécialisation). Une fois les dés rassemblés, le joueur les lance et en conserve un seul, qui devient le dé de résolution. Seul ce dé est comparé à la difficulté fixée par le Coordinateur (le meneur de jeu).
Si le résultat dépasse la difficulté, le joueur peut déclencher des bonus narratifs et mécaniques.
Le système est conçu pour être rapide à apprendre, lisible autour de la table et très efficace en jeu.

Le jeu se déroule pendant les événements de The Division 1 et The Division 2. Le kit de démarrage débute au moment de l’apparition de la pandémie, lors des premiers jours chaotiques.
Ensuite, l’histoire appartient aux joueurs. Chaque table développe sa propre narration, façonnée par les choix et les actions des participants.
Tout le contenu a été développé en étroite collaboration avec Ubisoft afin de respecter le canon officiel.
Le jeu s’adresse à plusieurs publics :
Le jeu prend en charge différents styles de jeu, allant de missions d’action intense à des scénarios centrés sur la narration ou la diplomatie.
La campagne Kickstarter de The Division TTRPG devrait être lancée en juin 2026.
Arkhane Asylum a fourni à TTRPG Insider un quickstart ainsi qu’un kit de démarrage pour évaluation.
Cet article est la traduction d’une interview originale en anglais réalisée par Christopher Hutton pour TTRPG Insider.